Je ne m'en lasse pas, alors je vous le fait découvrir, si vous ne connaissiez pas ce photographe talentueux. J'adore, surtout le ton ironique... C'est le genre de textes qui remonte le moral^^ Bonne lecture. Pix de Nimpkish et Scimitar trouvée sur DeviantArt...
En captivité
de Gérard Soury
" De tous temps, l'être humain a manifesté le plus grand intérêt pour les animaux dits sauvages, les parois des cavernes en témoignent. La simple curiosité à d'abord poussé les hommes vers les animaux là où ils étaient. C'était alors le privilège d'un très petit nombre. Durant les siècles écoulés, les croquis rapportés par les premiers observateurs à des fins scientifiques ont rapidement attisé les convoitises. Les squelettes, puis les premiers spécimens naturalisés ont commencé à franchir les océans.
Les musées se sont peu à peu remplis de dépouilles parfois en fort mauvais état, mais, bon, puisqu'il s'agissait de science, la morale était sauve.
La soif d'absolu aidant, on a aussi voulu que les espèce présentées soient autre chose que de la paille, et c'est vivants que les animaux ont fait le grand voyage. Que les cages avaient donc du charme ! Là, au moins, les grilles protégeaient les heureux survivants des dangers de la nature, qui, nul ne l'ignore, est sans pitié pour les animaux livrés à eux-mêmes. Un joli mot venait de naître : zoo. Il a été rajeuni depuis. On parle pudiquement de jardin, d'espace, de parc ou de centre. Et lorsqu'il s'agit de mammifères marins, on fait volontiers dans l'exotisme en puisant dans le vocabulaire anglo-saxon plus spécialisé. On ne vas plus au zoo mais au marine center, au dolphin center, au sea world ou au marineland. Les dauphins apprécient la nuance... Avant chaque période estivale, rares sont les publications qui ne font pas leurs choux gras de ce sujet inépuisable. Chaque débat médiatique prouve que les arguments ne font défaut ni au partisans du pour ni à ceux du contre, mais, à chaque fois, les protagonistes sont renvoyés à leurs chères études. La polémique à encore de beaux jours devant elle.
Garder provisoirement des cétacés en bonnes conditions de captivité peut avoir certains rôles positifs sur un plan scientifique. Les faire travailler pendant des années dans un espace confiné crée une souffrance prolongée et nécessairement des aberrations du comportement. Prétendre étudier la spontanéité dans un milieu où la nourriture découle de la servilité laisse supposer qu'un ethnologue pourrait comprendre les habitants d'un pays en limitant son enquêtes aux parloirs des prisons.
Les programmes de remise en liberté d'animaux semblent être passés de mode, sans doute faute de moyens et d'une véritable volonté d'abandonner une activité lucrative. Dans le même temps, des animaux « frais » continuent d'être capturés pour compenser les pertes. Même dans les zoos marins réputés, les dauphins meurent régulièrement à la tâche, souvent même dans les tout premiers jours. La théorie fameuse du « sacrifions-en quelques uns pour sauver le plus grand nombre » semble avant tout donner bonne conscience aux professionnels de la captivité tarifée. Dans le grand public, combien de ceux qui se sont élevés contre le massacre des bébés phoques au Canada ont-ils vu de bébés phoques en chair et en os ? Fort peu, sans doute. Par la simple force de l'image, les associations de défense, relayées par les médias, ont suffi à stopper le massacre. Il en est de même pour le loup des Alpes ou l'ours des Pyrénées, que très peu d'écologistes ont dû rencontrer. Pour ce qui est des dauphins, la satisfaction du grand public justifieraient-elles le maintien en servitude d'êtres vivants qui n'aspirent qu'à la liberté ? A chacun de répondre selon sa conscience.
Victime de sa popularité, il est probable que le dauphin continuera longtemps de soulever l'enthousiasme des foules en délire en même temps que l'hostilité des opposants à l'univers carcéral animalier. Le phénomène étant encore récent, on peut espérer qu'il s'agit là que d'une des nombreuses erreurs de jeunesse de l'humanité.
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